Les trois composantes de la peur

angoisse-composantes-peurVoilà, vous croyez tout savoir sur la peur : des situations de stress toutes plus horribles les unes que les autres engendrent angoisses, paniques et terreurs. Quand la coupe déborde, on craque, on tomble malade, on meurt. Il me faut, malheureusement, vous avouer quelque chose : nous n’avons fait qu’effleurer le sujet. Nous avons jusqu’à présent parlé de la peur comme s’il s’agissait de quelque chose de monolithique. Il n’est est rien.

La peur se compose de trois facettes. Et celles-ci n’ont que trop tendance à évoluer chacune pour leur compte.

Il y a tout d’abord la peur viscérale. Il s’agit ide la façon dont son corps réagit devant le danger : on palit, on sue, on tremble, on se crispe et ainsi de suite. De celle-ci nous avons abondamment parlé.

Vient ensuite la peur mentale. Il s’agit, de la façon dont on vit la peur sur le plan subjectif. Face à une situation que l’on vit comme dangereuse, on imagine, on s’autosuggestionne, on s’auto-observe. Nous avons dit que cette sorte de peur pouvait tuer. Mais nous n’avons pas dit comment.

Il y a enfin la façon dont on se comporte : on fuit lâchement, on fait face avec courage, on se cache la tête dans le sable. C’est la peur comportementale. Celle sur laquelle vous serez jugé, étiqueté brave, vaillant, audacieux, décidé, hardi, héroïque, ou bien peureux, couard, craintif, trouillard et ainsi de suite.

La plupart du temps, la peur ne fait pas le détail : les peurs viscérale, mentale et comportementale sont toutes trois bel et bien présentes. Généralement, mais pas toujours. Et, qui plus est, les proportions ne sont jamais les mêmes.

Il est, par exemple, parfaitement possible de ressentir une intense peur mentale, d’avoir la sensation que l’on va mourir d’angoisse, là, sur le champ ; mais si on ne le montre pas, si on fait front malgré tout, si on fait ce que l’on a à faire, alors, un peu plus tard, on pourra se dire que l’on a été courageux et se tresser quelques couronnes de laurier. Pourtant, cet acte de bravoure aura toutes les chances de passer totalement inaperçu : comme vous ne vous êtes pas mis à trembler comme une feuille, comme vous n’avez eu ni malaise ni crise d’agitation, votre entourage en conclura que vous n’avez fait que ce que vous aviez à faire. Bien des angoissés et des phobiques sont familiers de ces victoires sans gloire. Par exemple, combien y a-t-il d’agoraphobes qui, chaque matin, prennent le métro ou leur voiture en se mourant de peur, qui ont la sensation de faire pour cela un effort gigantesque, un acte de courage inouï mais qui passera malheureusement totalement inaperçu de leurs congénères et pour lequel ils ont bien peu de chances de se voir décerner la moindre médaille ? Et n’est-il pas injuste que leur courage ne soit pas reconnu ? Car, après tout, ils auraient aussi bien pu baisser les bras, décider qu’ils ne pouvaient pas affronter la situation, appeler un membre de leur famille à la rescousse pour les aider ou, tout bonnement renoncer à sortir.

Une autre possibilité, presque aussi fréquente, est que votre corps se mette à réagir alors que votre esprit reste calme. Madame X, caissière dans une boutique raconte : « Chaque soir, je suis chargée de déposer la sacoche contenant la recette de la journée dans le casier de notre agence bancaire, située à cent mètres de là. Je ne me considère pas comme quelqu’un de peureux ou d’anxieux. Pourtant, si quelqu’un s’approche pendant que je tape le code d’ouverture du casier, je m’aperçois que mes mains deviennent moites et se mettent à trembler. Cela va parfois jusqu’à une sensation de vertige assez déplaisante. J’ai pourtant du mal à croire que ce soit de la peur car je me sens parfaitement calme. C’est un peu comme si je me dissociais : mon corps a peur mais, moi-même, je reste calme et sans appréhension particulière ».

Madame X s’était longtemps crue atteinte d’une maladie mystérieuse. Elle avait erré de médecin en médecin et subi quantité d’examens. Divers diagnostics avaient été évoqués : on avait tout d’abord parlé de spasmophilie et de malaises hypoglycémiques, puis, devant l’échec des traitements, son médecin avait évoqué la possibilité d’une névrose d’angoisse et avait préconisé quelques années de psychothérapie.

M. Y souffrait d’un problème similaire. Mais, dans son cas, les malaises semblaient survenir au hasard, n’importe où, n’importe quand. Puis, un jour, il finit par s’apercevoir que non, ce n’était pas n’importe où, ni n’importe quand : cela le prenait toujours avant une réunion de travail importante et où il était censé prendre la parole. Pourtant, parler en public ne le gênait pas. Enfin, presque pas. Ou plutôt, il n’aimait pas ça, mais puisqu’il le fallait, n’est-ce pas ? Car M. Y était un homme de devoir.

En fait, M. Y, bien qu’il le nie farouchement, bien qu’il ne ressente pas la moindre angoisse intérieure, est un phobique camouflé.

Un autre exemple de dissociation s’observe au cours des traitements comportementaux des phobies. Le plus souvent, c’est la peur viscérale qui disparaît en premier : on parvient alors à affronter la situation phobique et à dominer sa peur comportementale. Mais la peur mentale ne disparaît, la plupart du temps, qu’avec un certain retard : le phobique, bien qu’il se rende compte qu’il fait désormais des choses qui, il y a peu de temps encore lui étaient tout à fait impossibles, a malgré tout la sensation d’avoir toujours aussi peur. Durant toute cette période intermédiaire, le phobique devra donc savoir prendre son mal en patience et ne pas désespérer car ce n’est qu’au bout d’un temps de l’ordre de quelques semaines que sa peur subjective s’effritera à son tour. C’est alors, et alors seulement, que l’on pourra parler de guérison. Mais nous reviendrons sur tout cela dans le chapitre consacré au traitement des peurs et des phobies.

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