La réalité, qu’est-ce que c’est ?

angoisse-realiteLe problème n’est pas simple : où la réalité objective finit-elle ? Où commence le domaine de l’imagination ? Pour mieux comprendre à quel point cette question est difficile, prenons l’exemple suivant : en 1962, des psychologues décidèrent d’étudier la réaction de stress de soldats à l’entraînement. Il s’agissait là de troupes d’élite, et l’entraînement subi s’efforçait de reproduire avec le plus de réalisme possible les conditions d’un véritable champ de bataille : des mitrailleuses crachaient de vraies balles et c’était de véritables mines qui explosaient. Or, très curieusement, le niveau de stress mesuré par les psychologues se révéla anormalement bas. Que se passait-il ? Divers entretiens avec les recrues permirent de le comprendre : la plupart des hommes refusaient tout simplement de croire que l’armée puisse les placer dans une situation qui pourrait réellement entraîner des blessures.

Chaque soldat, lorsqu’il y réfléchissait, savait pertinemment que les balles qui le frôlaient étaient de vraies balles. Il savait aussi ce que font de vraies balles lorsqu’elles vous atteignent : elles vous blessent ou vous tuent. Malgré cela, la peur restait discrète. C’est qu’en fait la vision, la construction mentale que ces soldats se faisaient de leur situation était faussée par cette idée (en l’occurrence totalement erronée) que leurs supérieurs ne permettraient pas qu’ils risquent réellement leur vie pour un « simple entraînement ». De ce fait, ils en venaient à croire que se trouver perché de façon précaire sur un arbre avec de vraies balles sifflant tout autour de soi devait être plus sûr qu’il n’y paraissait.

Cette expérience nous permet de comprendre un fait essentiel que phobiques et peureux ne peuvent ignorer : ce qui compte, du point de vue de l’intensité du stress produit, ce n’est pas le danger réellement couru, mais l’interprétation que nous nous forgeons, l’image que nous avons de ce danger. Nous pouvons, par exemple, réagir faiblement face à des situations extraordinairement périlleuses, où notre vie est menacée, si le scénario de cette situation que nous avons construit est rassurant et comporte une « happy end ».
Inversement, nous pouvons être pris d’une panique indicible là où, objectivement, il n’y a pas grand-chose à craindre, si, par exemple, nous nous sentons incapables de contrôler la situation.

La vérité est que nous ne voyons jamais le monde tel qu’il est, « objectivement ». Non, notre cerveau, à partir des informations recueillies par l’intermédiaire de nos sens, à partir des souvenirs de situations similaires vécues dans le passé, à partir du produit de notre réflexion, synthétise une image, un « modèle » de la réalité.

Et ce modèle peut parfois se révéler inexact.

Par exemple, le soldat qui croit que, dans le pays auquel il appartient, jamais l’Armée ne pourrait accepter que certains de ses hommes perdent la vie durant leur période d’entraînement peut se sentir invulnérable. Si, maintenant, ses supérieurs font courir la rumeur selon laquelle il existerait une tolérance de sept pour cent de pertes en vies humaines durant ladite période d’entraînement, l’image qu’il s’est forgée de ce qu’est un « entraînement de commando » risque de basculer : qui sait s’il ne pourrait pas, après tout, faire partie de ces sept pour cent ? Trouver la mort deviendrait alors un scénario possible et le sifflement des balles prendrait une toute autre dimension. Une angoisse importante pourrait faire son apparition.

Notons donc ce point essentiel pour qui veut parvenir à tenir un jour ses peurs à distance : l’angoisse, la peur, sont affaire d’imagination plus que de réalité, d’interprétation des événements plus que des événements eux-mêmes

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