La fonction imaginative

panique-imaginationChaque matin, nous nous levons, nous habillons et prenons notre petit déjeuner. Nous pouvons faire tout cela sans avoir besoin de réfléchir : nous fonctionnons alors à la façon d’un robot qui réaliserait la tâche pour laquelle il a été programmé.

Mais ce qui nous différencie d’un robot à programme fixe, c’est le fait que nous sommes capables de nous adapter à des situations nouvelles, changeantes, fluctuantes. La plupart du temps, nous veillons à ce que ces situations nouvelles ne nous prennent pas au dépourvu. Comment procédons-nous ? Nous tentons tout d’abord de prévoir quelles situations inhabituelles risquent de se produire dans les secondes, les minutes, les jours ou les années qui viennent. Puis nous imaginons ce que nous pourrions faire si telle situation se réalisait.

En fait, nous n’élaborons pas souvent un scénario complet et cohérent. La plupart du temps, nous avons plutôt en tête une multitude de fragments de scénarios, d’ébauches qui s’enchaînent les unes aux autres. Certaines ébauches conduisent à des impasses et nous les abandonnons rapidement. D’autres semblent fructueuses et nous tentons alors de les mettre un peu plus à l’épreuve, de les approfondir, de les détailler.

Prenons un exemple : supposons que chaque matin vous vous rendiez à votre travail par un certain itinéraire. Cela fait maintenant si longtemps que vous prenez la même enfilade de rues que vous le faites sans y penser, d’une façon parfaitement machinale. Mais voilà que vous apprenez que des travaux vont bientôt être entrepris qui rendront cet itinéraire impraticable. Votre fonction imaginative entre alors en action : un premier scénario, dans lequel vous n’iriez pas à votre travail, est balayé en quelques fractions de seconde. Une variante dans laquelle vous arrivez en retard subit le même sort. La raison pour laquelle vous rejetez ces deux scénarios est qu’ils débouchent sur un troisième scénario que vous ne connaissez que trop : celui dans lequel vous vous faites tout d’abord mal voir de votre patron. Puis celui-ci vous renvoie et vous vous retrouvez chômeur. Ce scénario est si désagréable que vous écartez le plus rapidement possible toutes les images qui l’évoquent de près ou de loin : vous ne voulez tout simplement pas y penser.

Vous revenez donc à votre problème et imaginez alors le meilleur itinéraire possible : par telle rue ? Oui mais je rencontrerai sans doute plus d’embouteillages… Par telle autre ? Oui, mais je parcourrai plus de distance. La conduite à tenir se dessine peu à peu dans votre imagination : vous vous lèverez un quart d’heure plus tôt et passerez par tel endroit. Voilà, vous êtes content car votre problème est résolu : quand la situation se présentera, vous saurez ce que vous avez à faire.

Mais nous avons pris là un exemple de conduite simple. Dans d’autres cas, imaginer le comportement que l’on aura devant telle ou telle difficulté ne suffit pas à nous y préparer. Ne serait-ce que parce que, pour fonctionner efficacement, l’imagination a besoin de matériaux : comment pourriez-vous imaginer ce que vous feriez dans une situation que vous n’avez encore jamais vécue ? Il vous manque l’apprentissage pratique, la confrontation avec le concret.

Examinons, par exemple, la façon dont on apprend habituellement à nager. La première phase est imaginaire : votre moniteur de natation vous décrit verbalement les mouvements de la brasse et vous les montre. Vous tentez alors de vous imaginer en train de les faire et vous les simulez éventuellement hors de l’eau. Puis vient l’apprentissage concret : vous entrez dans le bassin et passez à la pratique. Le maître-nageur vous surveille et vous donne des indications qui vous permettent de corriger vos erreurs. Cette étape est évidemment fondamentale, mais son succès dépend pour une bonne part du scénario de comportement que vous avez en tête au moment de vous mettre à l’eau : si vous imaginez que tout se passera bien, que vous mettrez tout simplement en pratique dans l’eau ce que le maître-nageur vous aura appris hors de l’eau, il y a toutes les chances pour que cela se déroule effectivement ainsi. Si, au contraire, vous imaginez que dès les premiers mouvements vous vous mettrez à paniquer et à couler, si vous vous y préparez mentalement, là aussi il est fort probable que votre prévision se vérifie !

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