Nos scénarios imaginaires positifs

angoisse-scenario-positifOn peut distinguer trois types de scénarios de comportement : les scénarios positifs, qui préparent à l’action, les scénarios de catastrophe, qui préparent au désastre et créent l’angoisse, et les scénarios inachevés, qui eux aussi engendrent la peur. Commençons par les scénarios positifs :

Tout d’abord, un scénario positif est un scénario effectivement réalisable, tenant compte de ce que vous vous savez capable de faire. Imaginer que, si l’on vous attaque, vous vous en sortirez grâce à votre connaissance du judo, alors que vous n’avez en tout et pour tout que trois mois de pratique dans ce sport, n’est pas à considérer comme un scénario positif, mais comme une rêverie vague et fumeuse.

Un scénario positif est un scénario qui colle au plus près à la réalité. Comment, en effet, pourriez-vous vous montrer efficace si votre vision du monde est pervertie, si votre jugement ne repose que sur de fausses croyances sur vous-même et sur le monde qui vous entoure ? Les soldats de l’exemple cité plus haut minimisaient le danger encouru, pourtant bien visible et bien concret, abusés qu’ils étaient par la croyance qu’une armée ne saurait sacrifier ses hommes durant un entraînement. A l’inverse, et les peureux et phobiques de tous poils se reconnaîtront, d’autres attribuent à certaines situations un potentiel de dangerosité bien plus grand qu’il n’est en réalité.

Un scénario positif est ensuite un scénario souple, que vous pourrez modifier si les circonstances l’exigent. Certaines personnes, parfaitement à leur aise quand tout se déroule comme d’habitude, selon leurs prévisions, perdent brutalement tous leurs moyens lorsque survient le moindre changement. Tel professeur qui fait son cours de façon très décontractée se laissera, par exemple, démonter par une question imprévue. Tel agoraphobe à peu près stabilisé parviendra à se déplacer sans trop d’angoisse, mais cédera à la panique devant un incident mineur, une panne de voiture par exemple, lui demandant de modifier ses habitudes.

Un scénario positif devra aussi atteindre un degré d’achèvement suffisant : vous devez être capable de prévoir non seulement la façon dont vous allez démarrer une action, mais aussi la manière dont vous pourrez la conduire à son terme. A première vue, cela peut paraître en contradiction avec la proposition précédente : une prévision trop détaillée ne risque-t-elle pas d’empiéter sur votre capacité d’adaptation ? Mais d’un autre côté, il paraît raisonnable, avant de se jeter à l’eau, de se demander comment on fera pour en sortir ! Le bon scénario devra donc louvoyer entre ces deux écueils : il faudra prévoir les grandes lignes de ce que l’on compte faire et se laisser suffisamment de marge pour tenir compte des circonstances.

En définitive, être capable d’imaginer un scénario positif pour faire face à une situation donnée se confond avec ce qu’on appelle le savoir-faire. Lorsqu’on est dans une situation que l’on vit comme dangereuse, l’important est de savoir comment on doit s’y prendre pour s’en dépêtrer. Et ce qui est nécessaire pour ne pas se laisser submerger par la panique, c’est de garder à l’esprit que l’on possède le savoir-faire indispensable !

Pour reprendre l’exemple des astronautes de la mission Mercury, les hommes sélectionnés possédaient tout particulièrement une confiance inébranlable en leurs propres capacités à affronter des situations dangereuses. Chacun pensait que son expérience, l’entraînement qu’il avait reçu, ses propres facultés d’adaptation lui permettraient de faire face à tout imprévu. Chacun était certain d’avoir la compétence nécessaire : le scénario de tous les incidents possibles et de toutes les réponses qui s’imposaient était clair et précis dans leur esprit. De plus chacun se sentait apte à improviser un scénario de dernière minute si l’imprévu survenait malgré tout.

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La fonction imaginative

panique-imaginationChaque matin, nous nous levons, nous habillons et prenons notre petit déjeuner. Nous pouvons faire tout cela sans avoir besoin de réfléchir : nous fonctionnons alors à la façon d’un robot qui réaliserait la tâche pour laquelle il a été programmé.

Mais ce qui nous différencie d’un robot à programme fixe, c’est le fait que nous sommes capables de nous adapter à des situations nouvelles, changeantes, fluctuantes. La plupart du temps, nous veillons à ce que ces situations nouvelles ne nous prennent pas au dépourvu. Comment procédons-nous ? Nous tentons tout d’abord de prévoir quelles situations inhabituelles risquent de se produire dans les secondes, les minutes, les jours ou les années qui viennent. Puis nous imaginons ce que nous pourrions faire si telle situation se réalisait.

En fait, nous n’élaborons pas souvent un scénario complet et cohérent. La plupart du temps, nous avons plutôt en tête une multitude de fragments de scénarios, d’ébauches qui s’enchaînent les unes aux autres. Certaines ébauches conduisent à des impasses et nous les abandonnons rapidement. D’autres semblent fructueuses et nous tentons alors de les mettre un peu plus à l’épreuve, de les approfondir, de les détailler.

Prenons un exemple : supposons que chaque matin vous vous rendiez à votre travail par un certain itinéraire. Cela fait maintenant si longtemps que vous prenez la même enfilade de rues que vous le faites sans y penser, d’une façon parfaitement machinale. Mais voilà que vous apprenez que des travaux vont bientôt être entrepris qui rendront cet itinéraire impraticable. Votre fonction imaginative entre alors en action : un premier scénario, dans lequel vous n’iriez pas à votre travail, est balayé en quelques fractions de seconde. Une variante dans laquelle vous arrivez en retard subit le même sort. La raison pour laquelle vous rejetez ces deux scénarios est qu’ils débouchent sur un troisième scénario que vous ne connaissez que trop : celui dans lequel vous vous faites tout d’abord mal voir de votre patron. Puis celui-ci vous renvoie et vous vous retrouvez chômeur. Ce scénario est si désagréable que vous écartez le plus rapidement possible toutes les images qui l’évoquent de près ou de loin : vous ne voulez tout simplement pas y penser.

Vous revenez donc à votre problème et imaginez alors le meilleur itinéraire possible : par telle rue ? Oui mais je rencontrerai sans doute plus d’embouteillages… Par telle autre ? Oui, mais je parcourrai plus de distance. La conduite à tenir se dessine peu à peu dans votre imagination : vous vous lèverez un quart d’heure plus tôt et passerez par tel endroit. Voilà, vous êtes content car votre problème est résolu : quand la situation se présentera, vous saurez ce que vous avez à faire.

Mais nous avons pris là un exemple de conduite simple. Dans d’autres cas, imaginer le comportement que l’on aura devant telle ou telle difficulté ne suffit pas à nous y préparer. Ne serait-ce que parce que, pour fonctionner efficacement, l’imagination a besoin de matériaux : comment pourriez-vous imaginer ce que vous feriez dans une situation que vous n’avez encore jamais vécue ? Il vous manque l’apprentissage pratique, la confrontation avec le concret.

Examinons, par exemple, la façon dont on apprend habituellement à nager. La première phase est imaginaire : votre moniteur de natation vous décrit verbalement les mouvements de la brasse et vous les montre. Vous tentez alors de vous imaginer en train de les faire et vous les simulez éventuellement hors de l’eau. Puis vient l’apprentissage concret : vous entrez dans le bassin et passez à la pratique. Le maître-nageur vous surveille et vous donne des indications qui vous permettent de corriger vos erreurs. Cette étape est évidemment fondamentale, mais son succès dépend pour une bonne part du scénario de comportement que vous avez en tête au moment de vous mettre à l’eau : si vous imaginez que tout se passera bien, que vous mettrez tout simplement en pratique dans l’eau ce que le maître-nageur vous aura appris hors de l’eau, il y a toutes les chances pour que cela se déroule effectivement ainsi. Si, au contraire, vous imaginez que dès les premiers mouvements vous vous mettrez à paniquer et à couler, si vous vous y préparez mentalement, là aussi il est fort probable que votre prévision se vérifie !

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